Le boucle vertueuse, un dispositif "gagnant-gagnant"

​Ce dispositif a été initialement conçu par la baie de Locquirec, puis appliquée à celle de La Lieue de Grève par les agriculteurs et le Syndicat Mixte du Trégor dans le cadre du premier Plan de Lutte contre les Algues Vertes (PLAV1). Fort de son succès, il a été poursuivi et renforcé par le second Plan de Lutte contre la prolifération des Algues Vertes (PLAV2) et s’étend peut à peu à toutes les baies.

La boucle vertueuse est un dispositif dit « gagnant-gagnant » dont l’objectif est de promouvoir et d’instaurer des techniques agro-environnementales permettant de limiter les fuites d’azote.

Ce dispositif est dit « gagnant-gagnant » car pour les baies, il est conçu en fonction des objectifs du territoire et comprend des obligations de résultats quant aux fuites d’azote et aux teneurs en nitrates et pour les agriculteurs parce que leurs attentes ont été prises en compte dès l’élaboration des chartes de territoires dans le cadre du Plan de Lutte contre la prolifération des Algues Vertes. A savoir que pour reconnaître leurs efforts et leurs contributions, des aides sont mises en place pour les inciter et leur permettre économiquement, à prendre part activement à la lutte contre la prolifération des algues vertes. Il s’agit d’une aide à la réalisation de travaux agricoles réalisés par les CUMA (Coopérative d’Utilisation de Matériel Agricole) et ETA (Entreprise de Travaux Agricoles) pour pouvoir être accordée dans le cadre du Règlement de la Commission européenne n°1407/2013 du 18 décembre 2018.

 

Réalisation d’épandages de précision

L’épandage de précision est un procédé qui consiste à faire un apport en effluent totalement homogène sur l’ensemble du terrain cultivé afin que la quantité de fertilisant (lisier, fumier, fientes, ou compost) soit la même partout et apporte à la plante cultivée la juste quantité d’effluent qui correspond à ses besoins. Les épandages sont réalisés grâce à des épandeurs de précision à hérissons verticaux ou horizontaux et au recours au GPS.

De cette façon, l’on évite la sur-fertilisation qui conduit au lessivage après la récolte et aux fuites d’azote vers les cours d’eau. Mieux, une fertilisation homogène et optimale offre un meilleur rendement lors de la récolte et permet de réaliser des économies d’engrais minéraux.

 

Fertilisation azotée minérale des cultures d’hiver avec OAD 

En dehors des périodes autorisées d’épandage, il est possible de recourir à la fertilisation azotée minérale des cultures d’hiver avec OAD (outils d’aide à la décision).  En pratique, la fertilisation azotée minérale avec OAD consiste à optimiser la fertilisation minérale afin de réduire là encore les apports en azote et donc de réduire les risques de lessivage. Les OAD permettent d’adapter la juste dose de fertilisant en fonction de l’état de la plante et du climat pour équilibrer les rendements entre les parcelles de l’exploitation. Cette méthode nécessite néanmoins de disposer d’un drone capable de déterminer la biomasse et la teneur en azote de la plante. D’abord, développés sur blé tendre d’hiver puis sur orge et colza, les OAD sont peu à peu étendus à différents types de culture.

 

Passage d’un retourneur d’andain pour le compostage sur l’exploitation

L’andain est un tas constitué des résidus de fauchage (herbe, foin, céréales etc.) mélangés à du fumier qui permet d’obtenir du compost de fumier. Grâce à plusieurs retournements de l’andain pour l’oxygéner, activer le développement de bactéries aérobies et le faire monter en température, le fumier est assaini. La valeur azotée du compost obtenu est homogénéisée tout en en réduisant la teneur de 20 à 30%. L’azote contenu dans le compost n’est alors plus soluble mais stable, ce qui facilite sa répartition mais aussi sa libération dans la durée. Avantage : limiter la pression azotée sur la parcelle et les risques de fuites d’azote tout en obtenant une fertilisation optimisée. Les volumes à épandre sont de plus réduits de 30 à 50%, ce qui constitue un gain financier et de temps.

 

Techniques de désherbage utilisées en agriculture biologique

Il a été démontré que les fuites d’azote sont en moyenne moins importantes sur les exploitations en agriculture biologique puisqu’elles n’utilisent pas de produits phytosanitaires. Mais les agriculteurs sont également incités à enherber au maximum leurs exploitations pour lutter contre les fuites d’azote dans le cadre du PLAV. L’agriculture biologique imposant de n’utiliser que très peu de produits phytosanitaires (ex : désherbants), il faut donc trouver des alternatives et adapter les cultures et les rotations en remplaçant les céréales d’hiver par des céréales de printemps comme le méteil. Non seulement ces céréales de printemps sont faciles à cultiver sans produits phytosanitaires, mais elles permettent également une réduction des fuites d’azote par lessivage.

Il existe de plus de nombreuses techniques alternatives aux produits phytosanitaires, dont le désherbage mécanique (avec une herse étrille rotative ou non, une houe rotative ou une bineuse). La maîtrise de ces techniques est un véritable savoir-faire qui a vocation à être transmis et diffusé dans le cadre du PLAV afin de développer l’enherbement et l’agriculture biologique (c’est-à-dire réduire l’usage de produits phytosanitaires) dans le même temps.

Aides au binage du maïs 

L’aide au binage a pour objectif d’inciter les agriculteurs à opter pour le désherbage mécanique des champs de maïs, en alternative aux produits phytosanitaires. Le binage présente aussi un intérêt pour la culture, puisque le fait de remuer le sol relance la minéralisation de l’azote dont le maïs  profite directement. 

 

Entretien mécanique sous les clôtures après leur installation en zone sensible

L’accès des animaux d’élevage aux abords des cours d’eau présente des risques de transfert de toxines, de pathogènes mais aussi de phosphore et d’azote dans le réseau hydrographique. Installer des clôtures à 5 mètres des rives en laissant une bande permet de gérer ce double risque sanitaire et environnemental en séparant les parcelles et en mettant en place un système d’abreuvement adapté. Néanmoins la végétation qui se développe au niveau des clôtures à proximité de l’eau ne pouvant être traitée chimiquement, l’entretien mécanique des clôtures est généralisé.

 

Sur-semis de prairie

Le sur-semis de prairie consiste à réensemencer une prairie devenue moins productive et ayant accumulé au fil des années de l’azote, notamment dans le système racinaire. Si le renouvellement de la prairie par retournement du sol présente un risque de libération d’une quantité importante d’azote par lessivage, le sur-semis de prairie permet de la renouveler sans détruire la végétation existante et sans libération excessive d’azote.

 

Semis d’un couvert à base d’avoine entre deux légumes

Cette pratique consiste à implanter un couvert d’avoine entre deux cultures de légumes. Elle vise à limiter les fuites d'azote pendant l’interculture, c’est-à-dire après la récolte du premier légume et avant la semence du second. Le couvert végétal sera ensuite détruit mécaniquement pour libérer de l’azote pour la culture du légume suivant.

 

Semis de dérobées fourragères dans le cadre des rotations légumières

L’implantation d’une dérobée fourragère a pour but de limiter les fuites d’azotes durant l’interculture et de produire une quantité de fourrage supplémentaire. Il s’agit de rompre avec la rotation habituelle des cultures en en introduisant une nouvelle, constituée de fourrage.

Les bénéfices sont multiples : l’assolement est diversifié, le sol retient mieux l’eau ce qui lui confère une meilleure qualité. Lors de sa destruction, le semis va libérer de l’azote qui bénéficiera à la culture semée juste après. Mais ce procédé permet également une production de fourrage supplémentaire qui pourra être exploitée par l’un des agriculteurs adhérant luis aussi au projet de territoire.

 

Semis de RGI sous maïs avec semence

Le Ray Grass Italien est un couvert végétal présent dès l’ensilage, contrairement à la pratique courante du semis d’avoine qui intervient après, et qui vise à limiter les fuites d’azote dans la succession maïs sur maïs. Le but est d’obtenir une production fourragère supplémentaire d'1,5 tonne à 4 tonnes grâce à un couvert végétal qui ne gêne pas la récolte pour autant. Le semis de RGI sous maïs pompe et stocke l'azote l’hiver, agissant comme un piège à nitrates.

Le RGI doit être exploité puis détruit mécaniquement en mars afin d’utiliser l’azote stocké pour le prochain maïs et d’améliorer les capacités de rétention d’eau du sol.

 

Semis de dérobées fourragères sous ou entre deux céréales

Le principe est le même que pour la dérobée fourragère dans le cadre de rotations légumières. Il s’agit de réduire les fuites d’azote au moment des inter-cultures de céréales, c’est-à-dire entre la moisson estivale et le semis suivant en novembre. Les fuites d’azote sont en moyenne de 79 UN / ha entre deux céréales. Grâce à une dérobée fourragère (chou ou colza), elles peuvent être limitées à 49 UN / ha. Au-delà de favoriser la culture du semis suivant grâce à l’azote libéré après destruction mécanique, la dérobée fourragère permet aussi une production de fourrage supplémentaire qui sera utilisée pour nourrir le bétail d’une autre exploitation.