Les pratiques agricoles

L’agriculture comme tout secteur d’activité ne peut se transformer du jour au lendemain. Au travers de l’agriculture intensive, les exploitants d’aujourd’hui paient en quelque sorte la dette environnementale de leurs aînés. Arrêter subitement le paquebot en pleine mer reviendrait à saborder les agriculteurs dépendants des cours des aliments, des circuits de distribution ou places de marché, sans compter les dommages collatéraux sur l’économie indirecte ou tout simplement sur le prix de l’alimentation. Au lieu de cela, la Bretagne, première région agricole de France, a résolument choisi de faire évoluer son agriculture vers une agriculture plus respectueuse de l’environnement et se transforme aujourd’hui en laboratoire de l’agriculture de demain.

Dans un double objectif environnemental et économique, les acteurs du PLAV incitent les agriculteurs à adopter de nouvelles méthodes de production ou des pratiques visant à limiter les fuites d’azote vers les cours d’eau, tout en favorisant le rendement et l’économie circulaire entre les exploitants engagés dans les projets de territoires à basses fuites d’azote. A l’issue du premier PLAV, l’on recensait 67% d’exploitants engagés pour dans la lutte contre les algues vertes ayant permis d’atteindre l’objectif de 30% de réduction des flux d’azote dans presque toutes les baies concernées. L’objectif pour le premier PLAV était pour chaque baie d’engager un minimum de 2/3 des exploitations du territoire représentant au moins 80% de la SAU (Surface Agricole Utile) et a été rempli. Il est le même dans le cadre du PLAV2.

Tableau en cours de traitement graphique

Une stratégie foncière adaptée

Dès le PLAV1, le volet foncier avait été identifié comme un levier évident pour permettre la maîtrise des zones tampons et de transition du cheminement de l’eau ou le regroupement des surfaces pâturables autour du siège de l’exploitation. Face au constat de l’éclatement des parcellaires de SAU (Surface Agricole Utile), des opérations d’aménagement foncier ont été initiées sous la tutelle des Chambres d’agriculture dès 2010, à savoir des échanges amiables et la mise en place de réserves foncières.

Les échanges amiables sont des échanges volontaires de parcelles entre exploitants, en propriété ou en jouissance. Ils ont pour but de regrouper les parcelles près du siège d’exploitation afin d’avoir une meilleure organisation du pâturage, d’alterner pâturages et différents types de culture pour limiter les engrais en enrichissant naturellement les sols, mais aussi de développer des zones tampon (bocage, bandes enherbées).

Bien que développé tardivement, le volet foncier a été intégré progressivement dans les chartes de territoire de chacune des baies, et une gouvernance locale a été instaurée pour coordonner les actions.

Dans le cadre du PLAV 1 par exemple sur la Lieue de Grève, 67 ha de parcelles ont été échangés entre 7 exploitants et 3 d’entre eux ont augmenté la surface d’herbe sur les terres acquises. En baie de Saint Brieuc, ce sont 50 ha qui ont été échangés en 2014 et 46 ha en 2015. Là encore, la moitié des terrains échangés ont vu leur surface de pâturage augmenter contribuant au déploiement de systèmes d’exploitation à basses fuites d’azote. En 2016, une convention a été établie entre la Région Bretagne et la SAFER (Société d’Aménagement Foncier et d’Etablissement Rural) pour soutenir la constitution de réserves foncières. Cette convention couvre les opérations de mise en réserve foncière d’une durée maximale de 2 ans en vue d’une rétrocession à un jeune agriculteur ou à un propriétaire bailleur impliqué dans un projet d’échange parcellaire.

Si on recensait 34 ha mis en réserve par la SAFER, dont 11 ha sur le territoire de la baie de Locquirec et 23 ha sur celui de l’Anse de l’Horn-Guillec en 2017, l’objectif est de 910 ha toutes baies confondues. Le volet foncier est long à mettre en place, mais son efficacité quant à l’augmentation de la surface de systèmes herbagers ne fait aucun doute et c’est un levier important pour valoriser les capacités dénitrifiantes des milieux naturels.

La boucle vertueuse, un dispositif gagnant-gagnant

Ce dispositif a été initialement conçu par la baie de Locquirec, puis appliquée à celle de La Lieue de Grève par les agriculteurs et le Syndicat Mixte du Trégor dans le cadre du premier Plan de Lutte contre les Algues Vertes (PLAV1). Fort de son succès, il a été poursuivi et renforcé par le second Plan de Lutte contre la prolifération des Algues Vertes (PLAV2) et s’étend peut à peu à toutes les baies.

La boucle vertueuse est un dispositif dit « gagnant-gagnant » dont l’objectif est de promouvoir et d’instaurer des techniques agro-environnementales permettant de limiter les fuites d’azote.

Ce dispositif est dit « gagnant-gagnant » car pour les baies, il est conçu en fonction des objectifs du territoire et comprend des obligations de résultats quant aux fuites d’azote et aux teneurs en nitrates et pour les agriculteurs parce que leurs attentes ont été prises en compte dès l’élaboration des chartes de territoires dans le cadre du Plan de Lutte contre la prolifération des Algues Vertes. A savoir que pour reconnaître leurs efforts et leurs contributions, des aides sont mises en place pour les inciter et leur permettre économiquement, à prendre part activement à la lutte contre la prolifération des algues vertes. Il s’agit d’une aide à la réalisation de travaux agricoles réalisés par les CUMA (Coopérative d’Utilisation de Matériel Agricole) et ETA (Entreprise de Travaux Agricoles) pour pouvoir être accordée dans le cadre du Règlement de la Commission européenne n°1407/2013 du 18 décembre 2018.

 

Les projets innovants

En termes de pratiques agricoles, des projets innovants sont élaborés dans le cadre du PLAV et dans chacune des baies. Plus respectueuses de l'environnement, limitant les fuites d'azote, les initiatives sont nombreuses pour reconquérir la qualité des eaux bretonnes.